Il y a un contraste saisissant entre l’inscription sans encombre dans le programme de François Hollande du droit pour les couples homosexuels de se marier et d’adopter et le climat dans lequel s’est déroulé ce débat ces derniers mois. L’ampleur – inattendue – des manifestations, la violence des mots employés, tant dans la rue que dans l’hémicycle, face à un projet qui pouvait apparaitre quelques mois plus tôt comme presque consensuel donne l’impression de deux visions radicalement opposées de la famille et de la société. Et les sondages montrent d’ailleurs une opinion publique qui, si elle est majoritairement favorable au mariage pour tous, reste partagée sur la question et opposée à l’adoption. Existe-t-il pour autant deux France ?
Je ne le crois pas. Tout d’abord parce que les 35 à 40 % des gens qui disent s’opposer au mariage des couples homosexuels ne sont pas tous des manifestants de Frigide Barjot. Il est plus que probable que, si pour la majeure partie de ce gros tiers de Français les homosexuels apparaissent aujourd’hui comme étranges, d’ici quelques mois ou années, avec l’application de la loi, les couples de même sexe et leurs familles seront devenus d’une banale normalité et qu’il ne leur viendra même plus à l’idée de le contester. La France n’est pas « coupée en deux » et le temps apaisera les choses. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas du tout de division.
Car ce qu’a révélé le débat de ces derniers mois, c’est qu’il existe une frange substantielle de la population pour qui les homosexuels posent problème. Pour eux, l’homosexualité reste quelque chose d’anormal et lui reconnaitre un quelconque cadre légal c’est amorcer une dérive vers la reconnaissance d’autres anormalités. D’où ces raisonnements entendus chez l’épiscopat, la Manif « pour tous » et certains députés UMP selon lesquels le mariage des couples homosexuels mènerait nécessairement à la GPA, l’inceste, etc. D’où ces manifestations, ces mots durs, ces violences. Si clivage il y a, il est ici : d’un côté ceux pour qui la société est basée sur un cadre naturel voire divin, fondé sur l’hétérosexualité et une différence essentialiste entre hommes et femmes et pour qui tout ce qui s’écarte de ce cadre (homosexualité, IVG, égalité femmes-hommes, etc.) est nécessairement morbide, et ceux pour qui, au contraire, la société est une construction humaine qu’il convient de faire évoluer dans le sens du bien commun et de l’inclusion de tous.
Les opposants au mariage pour tous rêvent ainsi de revenir à un passé fantasmé, où les choses auraient été plus simples car la société basée sur un cadre transcendant, immuable et rassurant… doivent-ils pour cela condamner et oppresser quiconque en sortirait. Ce débat aura au moins permis de les identifier et de mesurer leur force : ils sont nombreux, mais ils sont largement minoritaires.
Marseille ma ville, le livre dont on