Intégration : on se paye de mots, rien ne change

Après de longues péripéties, le gouvernement a rendu hier sa « feuille de route » sur la « politique d’égalité républicaine et d’intégration ».

On notera quelques avancées notables, et notamment le fait de rétablir la lutte contre les discriminations comme objectif politique gouvernemental. Mais on reste très très loin de la « refondation » annoncée il y a plusieurs mois. Le contraste est saisissant avec les rapports rendus à l’automne dernier. On est même en deçà du brouillon publié il y a quelques jours par Mediapart.

Toute cette affaire laisse un goût amer : il apparait de manière claire que les élites politiques et médiatiques françaises ne comprennent absolument rien aux questions d’immigration et de ce qu’il est convenu d’appeler « intégration ».

Dans la presse, il s’agit toujours et invariablement d’un sujet de polémiques, jamais d’un vrai débat. Les travaux des sociologues, historiens, juristes sur la question sont superbement ignorés et on préfère inviter Finkielkraut à déverser son racisme germanopratin ou Fourest à nous mettre en garde contre les familles musulmanes. Les termes de la discussion ne sont jamais remis en cause : l’immigration est massive (c’est objectivement faux), en hausse (faux), coûte cher (c’est l’inverse), « l’intégration » ne marche plus (le mot n’est jamais défini, le phénomène jamais mesuré). En revanche, jamais il n’est question du coût humain ou financier des discriminations, de l’histoire, des conditions de vie des gens dont on parle.

En politique, ce joyeux débat est résumé au vote FN, devenu l’indicateur quasi-unique et visiblement objectif de « l’état de crispation du pays ». Jamais il ne s’agit de répondre aux arguments du FN : il paraitrait que ça le ferait monter (enfin, on sait pas trop, on n’a jamais essayé). Il convient en revanche d’invoquer de grands principes : « les droits et les devoirs », « l’intégration républicaine », « la fermeté », « la République ». De grands principes aussi vides de sens qu’inefficaces, comme on le mesure de scrutin en scrutin.

Le FN progresse. Le racisme et les discriminations aussi. Et on tourne en rond.

Une certaine idée de la République

Manuel Valls a gagné

Dans le spectacle politique auquel on assiste depuis quelques semaines autour de Dieudonné, le ministre de l’Intérieur a choisi tous les personnages. Lui-même, bien sûr, qui s’est fait remarquer il y a à peine quelques mois pour ses propos sur les Roms qui « n’ont pas vocation à s’intégrer » et décide ici de revêtir le manteau de la lutte contre l’antisémitisme. Mais Dieudonné également, sorti par Manuel Valls de ses chaines YouTube pour être mis sur TF1 alors que sa dérive haineuse et son rapprochement avec le FN datent de plusieurs années. Le scénario enfin, plein de suspense : interdire ou pas les spectacles du pseudo-humoriste.

Dès lors, la décision du Conseil d’État est indubitablement une victoire pour Valls : il s’est placé au centre du ring, a choisi son adversaire et a gagné.

Dieudonné a gagné

Qui peut croire que l’interdiction de son spectacle aura convaincu un·e seul·e de ses admirateurs/trices qu’il était dangereux ?

Au contraire, Manuel Valls lui a fait l’honneur de le mettre sur la même scène que lui, sous les mêmes lumières : le gouvernement vs. l’humoriste, comme si les deux pouvaient s’exprimer au même niveau. Une publicité inouïe et gratuite et une interdiction qui conforte le statut de soi-disant victime du « système » que Dieudonné revendique.

« Une certaine idée de la République »

RépubliqueJe lisais hier sur Twitter pas mal de gens se réjouir de la victoire d’« une certaine idée de la République ». L’expression ne pourrait être mieux choisi.

Cette « victoire » est en effet bien singulière. Elle passe d’abord par un nouveau principe juridique : si jusqu’à présent, on pouvait condamner quelqu’un pour ses propos, le Conseil d’État a jugé qu’on pouvait interdire pour des propos qu’on pourrait éventuellement tenir. Une interdiction a priori de s’exprimer, d’habitude on appelle ça de la censure. La LDH souligne d’ailleurs une décision « lourde de périls ».

Mais, surtout, cette « certaine idée de la République » opte pour une posture très particulière de la lutte contre le racisme : il n’est objet d’opprobre que dans son expression publique. S’il est sain de s’offusquer des Dieudonné, Jousse, Bourdouleix, Le Pen, Estrosi, et autres, comment comprendre que les discriminations, insultes, humiliations vécues chaque jour par des millions de personnes soient ignorées voire minorées ? Il est quand même surprenant – pour ne pas dire plus – de voir le même Manuel Valls qui interdit un spectacle refuser catégoriquement l’attestation de contrôle d’identité, une mesure qui, elle, pourrait concrètement réduire l’impact du racisme sur les citoyen·ne·s qui en sont victimes.

Une lutte contre le racisme qui se joue exclusivement dans les salons et à la télévision, qui se paye de mots et de coups de menton, mais qui refuse la moindre avancée concrète. Une « certaine idée de la République », assurément.

Le racisme, c’est nous

Des bananes aux spectacles de Dieudonné, cela fait plusieurs mois que la France s’interroge sur la meilleure méthode pour combattre les racistes. Faut-il faire des circulaires pour les interdire ? Ne pas débattre avec elles/eux ? Ne pas les inviter à France 3 ? Ou leur parler sans en parler ?

Dans ces textes, la même constante : le problème vient d’une frange irréductible de racistes et la question est de savoir comment empêcher leurs idées de se répandre. Le racisme n’est constaté qu’à l’occasion de discours publics et il est systématiquement présenté comme un problème marginal : « Les Français ne sont pas racistes » est l’axiome – explicite ou pas – du débat et tout, dans les valeurs républicaines, répugnerait au racisme.

Il est pourtant des combats où le premier pas est d’interroger la société dans son ensemble. Or l’histoire de la France raciste n’est pas une histoire marginale : c’est l’histoire de la France elle-même. Celle d’un pays qui, au nom d’une supériorité civilisationnelle proclamée, a envahi, militairement occupé, humainement et économiquement exploité des dizaines d’autres pays parce qu’ils étaient peuplés en majorité de Noirs, d’Arabes et d’Asiatiques. Celle d’une République qui a créé un régime légal particulier et inférieur pour ses ressortissants non blancs. Et l’histoire de la France raciste ne s’arrête pas avec la Troisième République. L’État aujourd’hui continue de discriminer, que ce soit par les contrôles d’identité de sa police qui visent en particulier les Noirs et les Arabes ou par la politique de contrôle des « nomades ». Cause ou conséquence de la politique d’État, je ne sais, la société discrimine massivement : la couleur de peau, la religion ou sa pratique déterminent le destin des citoyens français dans l’emploi, l’école, le logement, l’image. Et parfois, elle tue.

Le racisme ne se résume pas à Dieudonné, Le Pen et quelques bananes : il fait partie intégrante de la société française. Il impacte notre inconscient, nos représentations, nos discours et nos actes. Bref, on pourra dénoncer les maires varois, les pseudo-humoristes et les Le Pen tant qu’on voudra, on ne luttera pas contre le racisme sans nous remettre aussi en cause, individuellement et collectivement.

Entre le string et le nationalisme

Je n’étais pas d’accord avec la tribune de Rokhaya Diallo et Morgane Merteuil, je ne suis pas non plus d’accord avec la réponse formulée par Isabelle Alonso.

Commençons par la première :

Le 28 novembre dernier, dans Le Monde, Diallo et Merteuil dénoncent un « tournant réactionnaire et nationaliste » du féminisme constatant que, sur les débats publics autour du voile islamique et de la prostitution, la parole des principales concernées (femmes voilées et femmes prostituées donc) n’est pas écoutée.

L’argument qui consiste à dire que toute démarche d’émancipation doit se baser d’abord sur la parole des dominé·e·s est non seulement entendable mais essentiel : on émancipe pas les gens contre eux mêmes. D’abord parce que ça ne marche pas, ensuite parce qu’on n’est pas en droit de le faire.

Pour autant, le parallèle que Diallo et Merteuil entendent dresser entre femmes voilées et femmes prostituées pose problème.

Quand bien même on considère (et c’est mon cas) que le voile et autres foulards sont des symboles antédiluviens (et loin d’être propres à l’islam) d’une forme d’oppression des femmes qu’on entendrait ainsi cacher aux regards, sous-entendant en somme que leur place n’est pas dans l’espace public, on ne peut pas faire abstraction du fait qu’aujourd’hui, en France, une femme voilée s’expose à des discriminations particulières pour le simple fait d’afficher publiquement sa religion. La permanence depuis plus de vingt ans du débat public sur l’islam est le symptôme d’une société qui renvoie continuellement à ses membres de confession musulmane (ou « d’apparence musulmane ») qu’ils sont en fait des corps étrangers. En soi, c’est un système que les différentes lois sur le voile (« à l’école », « intégral »,…) perpétuent et légitimisent.

Pour autant, considérer que la récente proposition de loi sur la prostitution a les mêmes effets sur les femmes prostituées relève, je crois, d’une comparaison fallacieuse. Car si la société française a « un problème » avec l’islam, elle s’accommode plutôt bien – et depuis des siècles – de la prostitution. Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’une partie de l’élite sociale de ce pays s’alarme qu’on puisse « toucher à leur pute », comme si le fait de pouvoir disposer contre rémunération d’un vagin ou d’un anus faisait partie d’un droit fondamental. On cherche en vain une réaction de même ampleur quand il s’agit d’empêcher des jeunes filles d’aller à l’école parce que voilées.

La réalité de la domination que subissent les prostitué·e·s n’est pas l’opprobre liée à un « choix personnel » mais un système qui veut qu’il soit normal de maintenir un lumpenprolétariat du sexe prêt à satisfaire les « besoins » d’hommes qui en ont les moyens.

Certes, il existe des prostitué·e·s qui choisissent ce « métier », comme le rappelle Merteuil. Mais puisqu’elle souhaite, et elle a raison, qu’on écoute les premières concernées : quid des femmes étrangères travaillant dans la rue pour des réseaux mafieux et qui composeraient entre 80 et 90 % de la prostitution en France ?  Ont-elles la possibilité d’adhérer au syndicat de Morgane Merteuil ? Des témoignages autres que ceux fournis par le STRASS ne montre-t-il pas nombre de prostitué·e·s pour lesquel·le·s la prostitution a été une destruction plutôt qu’un « métier » ?

Isabelle Alonso dans le billet publié sur son blog se retient de faire une seule des remarques que je soulève ici. Elle s’insurge plutôt que Diallo et Merteuil contestent « à celles qui ne sont ni [musulmane] ni [prostituée] toute légitimité à intervenir dans les débats sur la prostitution et le voile. »

Elle aurait raison si c’était ce que Diallo et Merteuil écrivaient, mais ce n’est pas le cas : elles souhaitent qu’on entende les femmes concernées, ce qui n’est pas tout à fait la même chose que contester aux autres le droit à la parole.

Mais Alonso va plus loin, elle entend dénoncer un procès à « la bourgeoise, la blanche, la privilégiée qui se sent supérieure et qui, condescendante, arrogante, s’octroie le droit de décider pour les autres ». Ce procès ne serait pourtant pas forcément totalement inutile : on se souvient par exemple que les féministes noires aux États-Unis ont dû s’organiser face à la fois au sexisme d’une partie du mouvement des droits civils et au racisme de certaines féministes. Le fait est que notre société n’est pas seulement patriarcale et sexiste : une femme blanche, une femme voilée, une femme lesbienne, etc. ne subissent pas exactement les mêmes dominations, n’ont pas exactement la même expérience et n’ont probablement pas exactement les mêmes revendications.

Dire cela ne devrait pas être un problème : les points de divergence n’empêchent à priori pas de dégager les points communs et de faire émerger une lutte féministe universelle. Encore faut-il se donner la peine de reconnaître le semblable dans l’altérité.

Mais Isabelle Alonso choisit de considérer Rokhaya Diallo « en tant que musulmane »  et Morgane Merteuil « en tant que prostituée ». Se faisant, elle juge donc que, du moment où une musulmane ou une prostituée parle, elle le fait nécessairement « en tant que » et, surtout, qu’un tel point de vue ôte automatiquement à ce qui est dit toute portée universelle. Comme si l’humanité commune s’effaçait derrière la minorité.

Ce que sous-entend le texte d’Alonso, probablement sans que l’auteure s’en rende compte, c’est que la neutralité, l’objectivité ou l’universalisme serait blanc, non musulman et non voilé. Ainsi pour parler à tous et toutes, il vaudrait mieux éviter de faire partie d’une minorité (un phénomène récemment mis en avant dans la publicité par Pénélope Bagieu).

Quand on prétend mener une lutte universelle, c’est dérangeant.

Intégration, hystérisation, renoncement

Un rapport sur l’intégration. En fait cinq relevés de conclusion portant sur la « refondation de la politique d’intégration » faisant une centaine de pages chacun (à télécharger ici) et dont la presse ne retient qu’une seule proposition : revenir sur l’interdiction des signes religieux à l’école.

Réaction aussi immédiate que prévisible : la droite hystérise. Selon M. Copé on veut « déconstruire [...] cette République » à coup de rapports et de bouts de tissu sur la tête. Réponse juste – il faut le souligner – de Jean-Marc Ayrault, qui pointe que « l’UMP a un problème. C’est son électorat qui file de plus en plus vers l’extrême droite et le FN. »

Et puis là, François Hollande. Ou en tout cas « l’Élysée » pour qui « Mettre en ligne un rapport sur un sujet aussi sulfureux [...] est d’une naïveté sans nom, d’une inconscience absolue ». Le renoncement.

Ça fait 30 ans que la gauche ne sait pas quoi dire sur l’immigration, l’intégration et la diversité culturelle. Ça fait 30 ans qu’elle est convaincue que simplement en en parlant, le FN monte. Et ça fait 30 ans qu’elle n’en parle pas… et que le FN monte.

Vous penseriez qu’au bout d’un moment, quelqu’un se dirait qu’il serait temps que la gauche se dote d’une ligne politique sur la question. Qu’elle se mette en capacité de répondre à l’hystérie de l’UMP. Qu’elle décide qu’il faille répondre aux électeurs/trices du FN et aux Français·e·s victimes de discrimination ? Bah non. « L’Élysée » a décidé que c’était « naïf », que faire l’autruche avait très bien marché jusque là, que le FN à plus de 20 % ça, ce n’était pas de « l’inconscience ».

Désespérant.

Faire de la politique à Marseille

Une réponse à Lagachon (sans être vraiment sûr de répondre à la question posée…).

Sur le « système Guérini »

Avec les kalachnikovs, c’est le sujet marseillais. C’est aussi très pratique, ça permet de s’envoyer des « guériniste » à la figure dès qu’on est pas d’accord. On l’a encore vu au second tour de la primaire aixoise : quand un politique n’a plus rien à dire, il accuse son adversaire de faire partie du « système Guérini ».

La réalité est évidemment un peu plus compliquée. Quiconque a fait de la politique depuis 20 ans à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône a rencontré un jour Jean-Noël Guérini. Parfois en ami, parfois en ennemi, le plus souvent en alternant les deux. Le « système Guérini » ne s’est ainsi jamais arrêté aux frontières du PS 13 : les maires – y compris de droite et y compris les plus importants – ont toujours été ravis de bénéficier des subventions du Conseil général même si ça coûte une voix sénatoriale, les Verts – avant de se transformer en parangon de vertu au point de ne plus vouloir faire la différence entre PS et FN – n’ont jamais eu de problème particulier avec Guérini, et les conseillers généraux communistes sont loin d’être les plus frondeurs face à leur président. Et tous ces gens ne s’inscrivent forcément pas dans un système mafieux ou affairiste, beaucoup ont simplement dû faire avec pour avancer leur cause (personnelle, politique, de leur ville, etc.).

Le « système » sans Guérini

Le pouvoir de Guérini se limite aujourd’hui à sa capacité de nuisance (et encore : même Narducci et Ghali pour lesquelles « son cœur va » ne parviennent pas à gagner). Est-ce à dire que le « système » a disparu ? Franchement pas.

Au delà des affaires – graves – le problème de fond est celui de la manière dont on fait de la politique à Marseille : de grands discours qui franchissent allègrement la frontière du populisme pour la démagogie (non, populisme et démagogie ce n’est pas la même chose) et de petits arrangements entre politiques ou entre politiques et groupes d’intérêts (FO, Véolia, les CIQ, etc.). Le tout sur fond de très fortes inégalités, de quartiers enclavés et d’un racisme qui n’a jamais quitté Marseille. On cherche souvent en vain les élu-e-s qui parlent politique, la vraie : quels services publics locaux ? quels transports ? comment peut-on créer des emplois ? lutter contre les inégalités et les discriminations ?

L’entrée en campagne du maire sortant est à ce titre affligeante. Jean-Claude Gaudin fustige la réforme des rythmes scolaires pour des questions financières – en mentant sur les chiffres – sans s’inquiéter une seule seconde des enfants marseillais. Il dénonce l’aide du gouvernement à sa ville (oui oui). Son nouveau dauphin souligne les « drapeaux étrangers » sur le Vieux-Port.

La gauche ne fait pas toujours mieux. Le débat lancée sur la gestion de l’eau à Marseille, lancée par le PS 13 puis prestement refermé par Eugène Caselli pour reconduire les contrats avec les prestataires privés ou la poursuite de la cogestion avec FO à MPM après l’avoir dénoncée en sont deux exemples.

Avec ou sans Guérini, tout cela perdure.

S’engager quand même ?

Dans ce contexte, il y a de quoi être dubitatif sur l’utilité de l’engagement. La vie politique marseillaise semble avoir trouvé un point d’équilibre à un niveau médiocre. L’en sortir sera difficile et long : il est inutile d’attendre d’une campagne électorale qu’elle débouche à elle seule sur une révolution.

Mais si ceux qui parlent du changement en restent au stade du discours, rien ne change.

Personnellement, j’ai fait le choix d’adhérer au Parti socialiste. C’était en 2006 et c’est pas rose tous les jours quand on aime la politique, les sujets de fond et les débats d’idées. En quelques années et sans être introduit dans les hautes sphères, j’ai vu et entendu suffisamment de bêtises pour toute une vie. Pour autant, j’y reste. D’abord parce que rendre ma carte ne changera rien. Ensuite parce que les engagements alternatifs, tels que les collectifs de « Gabians » et autres « Sursaut » et « 1er juin », s’ils peuvent être intéressants, semblent loin d’avoir une envergure suffisante. Enfin, et surtout, parce que je suis d’un naturel optimiste : j’observe que la victoire de Mennucci à la primaire est celle du candidat au programme le plus construit, et qu’elle s’est faite avec une participation élevée. J’observe aussi que la « plus-belle-la-visation » (© Lagachon) montre ses limites sous les coups de kalachnikovs : certains commencent à voir le moisi sous le vernis gaudinesque. Et je vois que, quand les kalachnikovs se calment un peu, on peut aller plus loin que la sécurité : le « plan d’action » du gouvernement parle transports, emplois, inégalités.

Les choses bougent. Trop lentement certainement. Ce n’est pas le renversement de système que certains attendent. Mais on ne renverse pas un système en réalité, on le transforme petit à petit. En essayant de ne pas être pris à son jeu.

Réflexions sur le premier tour des primaires

1. Avec 19 000 votants, c’est une indéniable réussite. En comparaison il n’y a eu que 2 800 votants à Aix (contre plus de 7 000 en 2011) : là c’est un échec presque total (on aurait d’ailleurs aimé des moyens similaires du Parti socialiste dans toutes les villes…).

2. L’avance de Samia Ghali est une surprise mais pas du tout sa présence au second tour. Elle a fait une bonne campagne.

3. Il est clair que Samia Ghali est la candidate préférée du système Gaudin-Guerini, mais elle n’est pas que ça. Une femme maghrébine, qui a grandi dans la cité Bassens et qui fait campagne contre les inégalités, dans une ville socialement ghettoïsée dont l’histoire est marquée par le racisme, ça compte.

4. Le défaite de Marie-Arlette Carlotti montre que dans ce type de scrutin, « l’implantation » est primordiale. C’est regrettable à mon sens car ça rend l’émergence de nouvelles têtes bien plus difficile. C’est aussi peut-être dû au fait que, contrairement aux primaires de 2011 – où la mobilisation s’était surtout faite dans les quartiers aisés – ici les quartiers populaires ont plus voté.

5. La qualification de Patrick Mennucci est plus que logique : il est en campagne depuis longtemps et c’est très clairement le candidat dont le programme est le plus construit et le plus cohérent. Sans être un fan, loin de là, je n’aurai aucun problème à voter pour lui dimanche prochain