Jean-Luc Mélenchon aura réussi l’exploit de faire du résultat de la 11e circonscription du Pas-de-Calais l’enjeu des élections législatives. Tant mieux pour lui, tant pis pour le débat politique.
Soyons clair: Mélenchon a bien le droit de se présenter où il veut et j’applaudirais des deux mains n’importe quel candidat de gauche qui arriverait à empêcher Marine Le Pen de répandre sa haine à l’Assemblée nationale. Mais le combat contre le Front national ne peut pas se résumer à une “bataille homérique” entre sa leader et celui du Front de gauche.
Cela fait trente ans que le Front national a fait irruption dans la vie politique française et trente ans qu’il est analysé de la même façon : le vote FN serait un vote de crise né du contexte économique et social dégradé, un vote qui finirait bien par disparaitre de lui-même. Trente ans plus tard, le vote FN est toujours là et n’a cessé de croitre, d’élection en élection, 2007 n’ayant été qu’une parenthèse.
Il serait peut-être temps de regarder les choses en face.
Commençons par un constat: oui, la société française est imprégnée de racisme. La personne qui a peur quand un groupe de jeunes Arabes monte dans son bus, le propriétaire qui refuse de louer son appartement à un noir, ma voisine qui s’inquiète parce qu’”il y a des Gitans dans le quartier”: les préjugés, présupposés, images racistes ont été intégrés par une bonne partie de la population, pour ne pas dire la majorité. Tous ces gens là ne votent pas FN, et à l’évidence oui, le contexte socio-économique a un rôle non négligeable. Mais c’est bien de cette corde là dont, plus ou moins subtilement, joue l’extrême-droite.
Comment lutter contre ce racisme? Je crois que seule la gauche en est capable, la droite dite républicaine ayant depuis longtemps préféré courir après le FN. Malheureusement, et c’est un des grands succès de l’extrême-droite, la gauche, sous les pressions électorales conjuguées du FN et de la droite, s’interdit d’aborder ces questions. Tout au plus sous le verni de l’Universalisme Républicain® qui discrédite l’idée même de minorités, s’autorise-t-elle à proclamer une égalité sans traduction concrète et à chanter avec lyrisme le “baiser de la Méditerranée“.
Je crois que le grand enjeu pour la gauche qui s’apprête à gouverner est peut-être là. Il faudra évidemment soigner le social et l’économie, mais ça ne suffira pas à apaiser les haines. Il faudra aussi s’emparer des “sujets qui fâchent”, créer un débat apaisé et assumer enfin politiquement que la France est une terre d’immigration et un pays multiculturel, que l’immigration n’est ni “massive” ni “incontrôlée” et faire de ces questions des sujets politiques comme les autres.
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